« Le Bac ne vaut plus rien », « on n’apprend plus rien à l’école », « le niveau ne fait que baisser ». C’est autant de « constats » largement répandus dans l’opinion publique et relayés par Jean-Paul Brighelli dans ses ouvrages et ses nombreuses tribunes dans la presse. 

Qui énonce ces thèses qui séduisent tant le public ? Des enseignants soixante-huitards, des dinosaures consternés par la jeunesse, etc. Et tout le monde y va de son expérience personnelle : « de mon temps les examens étaient plus durs », « tu fais ça au lycée ? Nous on le faisait au collège », « Untel est en sixième et est incapable d’écrire correctement… ».

Inutile de préciser la haute valeur de ces jugements individuels, la base même du raisonnement scientifique bien sûr… 

Alors ? Une évidence, ce délitement de l’Education Nationale française ?

Pour répondre, regardons qui sont les tenants de l’anti-thèse : ceux qui disent que tout ne va pas si mal dans l’Ecole française. Il s’agit de statisticiens et d’économistes. Des gens qui ne se contentent pas de colporter des idées reçues, mais qui étudient le problème, qui comparent avec les systèmes antérieurs et étrangers, etc. Je cite, dans ce billet, Eric Maurin, économiste et statisticien, auteur de la Nouvelle Question scolaire publié au Seuil.

Pour commencer, parlons du niveau général des élèves de nos jours : il ne cesse d’augmenter, les élèves sont de moins en moins « idiots ». Les tests de QI montrent une augmentation de celui-ci par rapport aux générations précédentes, et ces résultats sont confirmés par les tests effectués, autrefois, à l’armée par les appelés et, aujourd’hui, lors des JAPD (Journée d’appel et de préparation à la Défense) accomplis par tous les français entre 16 et 18 ans. En effet, le niveau augmente chaque année et l’illettrisme dans la population recule tout autant. Ce constat ne se limite pas qu’à la France.

Le seul bémol se situe en orthographe dont la maîtrise ne s’améliore pas, et, n’en déplaise aux détracteurs de la méthode d’apprentissage globale de la lecture, ce bémol n’est pas du à cette méthode. En effet, les études montrent qu’elle n’a jamais été appliquée réellement, les enseignants préférant un mélange entre méthode globale et syllabique. Toujours en ce basant sur d’objectives statistiques, la cause de ces difficultés en orthographe est corrélée à un milieu social défavorisé. Les 15% des élèves ayant des difficultés en lecture ou en orthographe en entrant en 6e correspondent, plus ou moins, au 15% d’élève ayant un niveau social faible.

Ainsi, on parle facilement de ces 15% restant, pourtant minoritaires et dont la proportion n’a pas augmenté depuis longtemps, en accusant l’école de leur échec alors que, de base, avant l’entrée à l’école, ce sont déjà des enfants en difficulté. Tout en sachant qu’au final, aujourd’hui tout le monde sait lire, alors qu’autrefois, les difficultés de base se pérennisaient plus facilement. Et pour ceux qui pensent que le collège n’est pas destiné à tout le monde, rappelons leur que, chaque année, passer au collège, augmente de 10% le futur salaire du collégien. Voilà pourquoi maintenir un collège unique est indispensable.

80% de réussite au bac. Cela signifie-t-il que le bac n’a plus de valeur ? que le bac ne sert à rien ? 60% d’une classe d’âge obtient le baccalauréat contre 20% il y a trente ans. Les 40% qui ont bénéficié de cette augmentation du pourcentage de réussite et qui ont donc pu accéder à l’Enseignement Supérieur, ont acquis un niveau de vie que jamais il n’aurait eu sans le bac. Et quand on voit qu’il est indispensable d’avoir le bac au minimum pour la majorité des emplois, on a quand même du mal à se dire qu’il ne sert à rien !

De plus, l’augmentation de 300 000 à 500 000 bacheliers entre 1987 et 1995 décidé par Jean-Pierre Chevènement a permis une très importante augmentation de l’insertion professionnelle et le développement des filières universitaires courtes professionnalisantes (BTS, IUT…).

Pour lutter contre l’échec massif à l’Université (160 000 personnes quittent l’Université sans diplôme), on avance bien souvent la possibilité de mettre en place une sélection à l’entrée à l’Université. Mais cette sélection existe, c’est le Baccalauréat, premier grade universitaire, qui permet la poursuite d’études supérieures. Il serait une aberration de créer un deuxième examen pour l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Le véritable problème est l’orientation. Les Bac généraux, par manque d’information ou par facilité s’engagent et remplissent de plus en plus les filières professionnalisantes courtes comme les BTS et IUT. Ainsi ils ne laissent d’autre choix aux « Bac Pro » que de s’engouffrer sans aucune information préalable dans des filières longues et généralistes auxquelles leur bac ne les prépare pas, et dans lesquelles ils échouent.

La solution n’est pas de limiter l’accès à l’enseignement supérieur dont la démocratisation augmente considérablement les niveaux de vie et l’insertion professionnelle, mais elle serait plutôt, selon moi, un cloisonnement des filières supérieures en fonction des type de bac. Chaque bac déboucherait sur des filières auxquelles le bac prépare. Ceci éviterait par exemple l’échec massif des bacheliers littéraire en faculté de médecine ou de sciences dures en général. A l’Université, des semestres d’orientation et des cours de remise à niveau devraient au moins être généralisés en réponse à l’actuelle possibilité de se lancer dans n’importe quelle filière avec n’importe quel bac.