13 janvier 2008
Au commencement...
Cette année, on commence sérieusement les stages à l'hôpital. Dans notre CHU, nous n'allons en stage que deux matinées par semaine en troisième année, donc beaucoup moins que les externes (4, 5 et 6e années) qui y vont tous les matins, mais beaucoup plus que l'an dernier où nous n'allions à l'hôpital que 7 matinées dans l'année.
Le but de notre stage est d'apprendre la sémiologie, l'étude des signes cliniques, des symptômes. En pratique, on apprend à interroger les patients, à les examiner, à reconnaître les symptômes et à les associer à des pathologies.
Pour effectuer mon stage, j'ai choisi le service de Médecine Interne de mon CHU car il est réputé très formateur en sémiologie du fait de la grande diversité des pathologies qu'on y rencontre. Nous sommes encadré par un médecin du service, qui, le lundi, nous fait un cours théorique sur une partie de l'examen clinique, puis nous emmène voir des patients pour nous montrer des signes cliniques "intéressants". Le mercredi, il nous attribue des patients et nous allons faire leurs observations seuls. Ensuite, il "corrige" notre travail.
Pour la plupart d'entre nous, c'est véritablement le premier contact "médical" avec le patient. Même si nous avons tous fait un stage d'initiation aux soins infirmiers, nous n'avons pas la même relation avec le patient quand on entre dans la chambre en se présentant comme étudiant en médecine, comme quelqu'un qui vient s'entraîner et apprendre. On se retrouve seul avec le patient, et on doit lui poser des questions et ensuite aller l'examiner.
Au départ, on trouve l'interrogatoire facile, car on ne se rend pas compte que l'on oublie plein de questions très importantes, on se fait "avoir" par les patients qui ne disent pas tout spontanément, etc. On pose nos questions sans trop interprêter les réponses, donc ce n'est pas très dur. Et au contraire, l'examen clinique nous semble difficile. Il n'est pas aisé de "toucher" un patient... On n'ose pas toujours faire certaines choses. On n'ose pas appuyer sur l'abdomen pour palper le foie, on n'ose pas soulever le drap pour regarder l'état des jambes et encore moins palper les pouls fémoraux.
Aujourd'hui, je me rends compte que le plus difficile est en réalité l'interrogatoire, car avec l'entraînement et le tout début d'expérience, on commence à devenir consciencieux et à avoir des reflexes :
"- Vous n'avez jamais été opéré ?
- Ah non, jamais !
- Même de l'appendicite ?
- Ah si, mais bon, comme tout le monde !"
Mais c'est souvent plus difficile que ça. Les patients déversent sur nous, étudiant toujours trop gentil avec eux, toute leur histoire, leurs craintes, leurs angoisses, leurs critiques du service... Nous les écoutons sans trop savoir comment les ramener dans l'axe de la discussion qui nous intéresse, comment trier les informations utiles des informations inutiles... De plus, les patients nous cachent volontairement des choses (consommation d'alcool, troubles du transit, ...). Alors qu'à l'examen, leur corps ne nous mentira pas ; on verra la cicatrices d'appendicite qui n'a pas été signalée à l'interrogatoire.
Enfin, cela reste dans l'ensemble un exercice difficile et malgré notre assurance grandissante, nous sommes loin de savoir correctement gérer la réalisation de l'examen clinique si systématisé et pourtant si différent d'un patient à l'autre.
11 janvier 2008
Bernard Werber
Je passe un petit coup de gueule contre cet individu, auteur prolifique de science-fiction.
On présente Werber comme un écrivain mêlant des faits scientifiques à ses oeuvres de fiction. En réalité Bernard Werber, ancien journaliste "scientifique", n'a aucune connaissance scientifique suffisante pour que du crédit soit apporté au "faits scientifique" de ses livres.
Prenons un seul exemple : d'après Werber, dans les fourmis, il y a deux gros vaisseaux qui vont et reviennent du cerveau, LA jugulaire et LA carotide, l'une dans un sens, l'autre... dans l'autre sens. Il est utile de présicer que c'est loin d'être la vérité... En effet, le sang arrivent au cerveau par les deux artères carotides et en ressort par les deux veines jugulaires.
Je ne parle même pas de ses affirmations sur les expériences de sortie du corps, où l'âme (ou quelque chose d'équivalent) quitterait le corps au cours de rite précis ou de méditation. Très scientifique n'est-ce pas ?
Passons...
J'ai assisté en 2005, à la Faculté des Sciences de Nancy, à une conférence/projection en présence de Werber. Je n'exagère pas en disant qu'il a déçu tout le monde.
Je passe rapidement sur son air pédant au moment de lancer sa phrase leitmotiv "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme" dans le seul moment qu'il a trouvé adéquat pour la sortir, lorsqu'on lui a apporté un micro qui tarda un peu à fonctionner correctement. Remarquez à quelle point c'est inadapté ici...
Werber s'est contredit dans sa conférence en indiquant d'abord que la Terre était condamnée, sans aucun espoir, et qu'il était grand temps de refléchir à un exil de l'Humanité sur une autre planète. Une question lui fut posée plus tard sur la sauvegarde de la planète, à laquelle il répondit qu'il y était attaché et convaincu, si chacun y met du sien, qu'on pourrait sauver la Terre... Et quand une personne de l'assistance lui a fait remarquer sa contradiction, il répond qu'il n'a pas entendu la question, et donna la parole à quelqu'un d'autre très rapidement.
L'écrivain a aussi donné une magnifique réponse, qui me fait encore rire aujourd'hui : "Mais, franchement, Monsieur Werber, que croyez-vous qu'il restera de vous quand vous ne sortirez plus de livres ? Vous pensez que vous resterez connu ?" Sa réponse : "Oh ! Ne vous en faîtes pas pour moi ! Si je n'écris plus, je ferai des films, de la musique, de la télé ! J'ai beaucoup d'idée !"
Consternant.
Bien qu'ayant rappelé plusieurs fois pendant la conférence qu'il ferait des dédicaces à la fin de la soirée, il n'eut que peu de succès. Et ce, malgré les 400 personnes environ présentes à la conférence.
24 octobre 2007
Toujours à propos de la liberté d'installation et déconventionnement des médecins
Aujourd'hui a lieu une grande manifestation à Paris.
Je vous invite fortement à signer la pétition contre le déconventionnement des médecins : www.medecinsengreve.org
Et je vous incite également à regarder ces deux petites vidéos :
18 octobre 2007
Liberté d'installation
En effet, le gouvernement dans ce projet de loi a intégré des
mesures visant à obliger les jeunes médecins et jeunes professionnels de santé
à s’installer dans les zones sous-médicalisée.
Les jeunes médecins, ayant déjà subit une séparation de leur famille à cause de l’Internat (dont je reviendrais dans un autre article), se verraient contraint par le gouvernement là où ce dernier s’est efforcé de supprimer les hôpitaux locaux, les maternités, les commerces, les bureau de poste.
Bien sûr, les populations rurales sont enchantées, en regardant TF1, d’apprendre que le gouvernement veut obliger les médecins à s’installer dans leur village. Mais ce que TF1 ne dira jamais, c’est l’autre versant du projet gouvernemental qui consiste à refuser le conventionnement d’un médecin s’installant en ville. Et qui dit médecin non conventionné, dit patient non remboursé.
En sachant que les jeunes médecins ne s’installeront pas à la campagne avec ces menaces et donc iront s’installé en ville sans être conventionné, le gouvernement met ainsi en place la mort de la sécurité sociale et plus généralement la fin de l’accès aux soins pour tous. A la campagne, toujours aussi peu de médecin car on refusera l’obligation, et en ville, seuls les riches pourront se soigner.
La solution préconisée par les étudiants, internes et jeunes médecins, c’est l’incitation à l’installation en zones sous-médicalisée. Au lieu d’être obligé de s’installer à la campagne, les médecins devraient être encourager financièrement à venir dans les départements déficitaires en médecins. Ce financement se doit de compenser la gêne que peut être la vie à la campagne désertifié par le gouvernement (suppression des services publics, etc.) mais aussi se doit de compenser l’extrême difficulté de l’exercice médical dans des zones dépourvus de structure comme les centres de radiologie, les laboratoires, les maternités, les hôpitaux.
L’incitation existe, bien que insuffisamment exploitée, et un certain nombre de département y ont recours, comme l’allier par exemple :
26 septembre 2007
Et hop... en 3e année... plus que (minimun) 6 ans !
Le 1er octobre, j'entre en troisième année de médecine. Année dite pré-clinique, dernière année avant l'externat.
Les études médicales ont subit de gros remaniements ces dernières années, c'est pourquoi je vais vous expliquer comment elles se déroulent, en France.
La première année de médecine (PCEM1) est une année de préparation à un concours permettant la poursuite des études de médecine. L'enseignement y est exclusivement théorique, sous forme de cours magistraux et d'enseignements dirigés. Les disciplines enseignées, qui diffèrent selon les facultés, sont à peu de choses près, des sciences fondamentales (mathématique, physique, chimie, biologie), des sciences biomédicales (biochimie, biophysique, anatomie, histologie, physiologie) et des sciences humaines (psychologie, histoire des sciences, sciences sociales, santé publique). Les enseignants ne sont donc pas tous forcement médecins. Cette année de concours est marqué par un fort taux d'echec (85%) du fait du numerus clausus qui restreint l'accés à la deuxième année. Ce numerus clausus est définit par les ministères de la santé et de l'enseignement superieur en fonction des besoins en médecin du pays et dans une moindre mesure en fonction de la capacité d'accueil des facultés de médecine. Deux inscriptions au maximum sont possible en PCEM1 et son concours permet également l'accès aux écoles de kiné, de sage-femme et aux facultés de chirugie-dentaire. C'est un concours bien cruel qui laisse beaucoup de gens au bout de deux ans gachés sans porte de sortie.
Lorsque qu'on s'est hissé dans le classement de PCEM1 jusqu'en rang utile et que l'on choisit la fillière médicale, on doit effectué un stage d'initiation aux soins infirmier d'un mois au terme duquel on entre enfin en deuxième année de médecine.
Cette deuxième année (deuxième année du premier cycle des études médicales : PCEM2)est encore très théorique et fondamentale, mais on y apprends enfin la médecine avec des matières telles que la sémiologie (étude des signes cliniques). Un stage de sémiologie condensé ou réparti sur l'année est effectué pendant cette année.
La troisième année, moins fondamentale et de plus en plus médicale, comporte également dans une mesure plus importante que la deuxième année, un stage de sémiologie. Cette troisième année est la première année du deuxième cycle des études médicales (DCEM1). Il est possible d'entrer en DCEM1 directement après un diplome d'ingènieur ou un doctorat d'université.
La suite des études médicales est marquée par 3 années d'externat (DCEM2, DCEM3 et DCEM4). L'externe ou étudiant hospitalier effectue sa formation à mi-temps à l'hopital, tous les matins de l'année, l'après-midi étant reservé aux cours. L'externe est salarié et dispose donc de 5 semaines de vacances par ans. L'investisement est enorme entre le stage (très prenant), les cours et les révisions du concours de l'Internat. L'externe a réellement un rôle dans la vie du service hospitalier et dans la prise en charge des patients. Pour cette vingtaine d'heure minimum de stage par semaine, l'étudiant ne gagne qu'entre 100 et 200 euros par mois.
En outre, durant ces 3 années, l'externe aura un total de 36 gardes à réaliser.
L'internat fera l'objet d'un autre message.
19 septembre 2007
La fabrique du génie
« Le Bac ne vaut plus rien », « on n’apprend
plus rien à l’école », « le niveau ne fait que baisser ». C’est
autant de « constats » largement répandus dans l’opinion publique et
relayés par Jean-Paul Brighelli dans ses ouvrages et ses nombreuses tribunes dans
la presse.
Qui énonce ces thèses qui séduisent tant le public ?
Des enseignants soixante-huitards, des dinosaures consternés par la jeunesse, etc.
Et tout le monde y va de son expérience personnelle : « de mon temps
les examens étaient plus durs », « tu fais ça au lycée ? Nous on
le faisait au collège », « Untel est en sixième et est incapable
d’écrire correctement… ».
Inutile de préciser la haute valeur de ces jugements
individuels, la base même du raisonnement scientifique bien sûr…
Alors ? Une évidence, ce délitement de l’Education
Nationale française ?
Pour répondre, regardons qui sont les tenants de
l’anti-thèse : ceux qui disent que tout ne va pas si mal dans l’Ecole
française. Il s’agit de statisticiens et d’économistes. Des gens qui ne se contentent
pas de colporter des idées reçues, mais qui étudient le problème, qui comparent
avec les systèmes antérieurs et étrangers, etc. Je cite, dans ce billet, Eric
Maurin, économiste et statisticien, auteur de
Pour commencer, parlons du niveau général des élèves de nos
jours : il ne cesse d’augmenter, les élèves sont de moins en moins
« idiots ». Les tests de QI montrent une augmentation de celui-ci par
rapport aux générations précédentes, et ces résultats sont confirmés par les
tests effectués, autrefois, à l’armée par les appelés et, aujourd’hui, lors des
JAPD (Journée d’appel et de préparation à
Le seul bémol se situe en orthographe dont la maîtrise ne
s’améliore pas, et, n’en déplaise aux détracteurs de la méthode d’apprentissage
globale de la lecture, ce bémol n’est pas du à cette méthode. En effet, les
études montrent qu’elle n’a jamais été appliquée réellement, les enseignants
préférant un mélange entre méthode globale et syllabique. Toujours en ce basant
sur d’objectives statistiques, la cause de ces difficultés en orthographe est
corrélée à un milieu social défavorisé. Les 15% des élèves ayant des
difficultés en lecture ou en orthographe en entrant en 6e
correspondent, plus ou moins, au 15% d’élève ayant un niveau social faible.
Ainsi, on parle facilement de ces 15% restant, pourtant
minoritaires et dont la proportion n’a pas augmenté depuis longtemps, en
accusant l’école de leur échec alors que, de base, avant l’entrée à l’école, ce
sont déjà des enfants en difficulté. Tout en sachant qu’au final, aujourd’hui
tout le monde sait lire, alors qu’autrefois, les difficultés de base se
pérennisaient plus facilement. Et pour ceux qui pensent que le collège n’est
pas destiné à tout le monde, rappelons leur que, chaque année, passer au
collège, augmente de 10% le futur salaire du collégien. Voilà pourquoi
maintenir un collège unique est indispensable.
80% de réussite au bac. Cela signifie-t-il que le bac n’a plus de valeur ? que le bac ne sert à rien ? 60% d’une classe d’âge obtient le baccalauréat contre 20% il y a trente ans. Les 40% qui ont bénéficié de cette augmentation du pourcentage de réussite et qui ont donc pu accéder à l’Enseignement Supérieur, ont acquis un niveau de vie que jamais il n’aurait eu sans le bac. Et quand on voit qu’il est indispensable d’avoir le bac au minimum pour la majorité des emplois, on a quand même du mal à se dire qu’il ne sert à rien !
De plus, l’augmentation de 300 000 à 500 000 bacheliers entre 1987 et 1995 décidé par Jean-Pierre Chevènement a permis une très importante augmentation de l’insertion professionnelle et le développement des filières universitaires courtes professionnalisantes (BTS, IUT…).
Pour lutter contre l’échec massif à l’Université (160 000 personnes quittent l’Université sans diplôme), on avance bien souvent la possibilité de mettre en place une sélection à l’entrée à l’Université. Mais cette sélection existe, c’est le Baccalauréat, premier grade universitaire, qui permet la poursuite d’études supérieures. Il serait une aberration de créer un deuxième examen pour l’entrée dans l’enseignement supérieur.
Le véritable problème est l’orientation. Les Bac généraux, par manque d’information ou par facilité s’engagent et remplissent de plus en plus les filières professionnalisantes courtes comme les BTS et IUT. Ainsi ils ne laissent d’autre choix aux « Bac Pro » que de s’engouffrer sans aucune information préalable dans des filières longues et généralistes auxquelles leur bac ne les prépare pas, et dans lesquelles ils échouent.
La solution n’est pas de limiter l’accès à l’enseignement supérieur dont la démocratisation augmente considérablement les niveaux de vie et l’insertion professionnelle, mais elle serait plutôt, selon moi, un cloisonnement des filières supérieures en fonction des type de bac. Chaque bac déboucherait sur des filières auxquelles le bac prépare. Ceci éviterait par exemple l’échec massif des bacheliers littéraire en faculté de médecine ou de sciences dures en général. A l’Université, des semestres d’orientation et des cours de remise à niveau devraient au moins être généralisés en réponse à l’actuelle possibilité de se lancer dans n’importe quelle filière avec n’importe quel bac.
Bienvenue sur ce blog !
Bonjour !
Je m'appelle Nicolas et je suis étudiant en médecine en région parisienne. Je suis également le papa d'un petit garçon.
Je parlerai dans ce blog de tout ce qui m'interesse, de mon quotidien d'étudiant en médecine, de père et plus généralement de citoyen. Je donnerai quelques fois mon point de vue sur l'actualité ou la société.
En espèrant que ce blog vous plaira !
A bientôt !


