Alpha-bloguant

Le blog d'un étudiant en médecine, papa et citoyen

20 janvier 2008

Tout n'est pas cirrhose...

J'ai vu il y a quelques semaines en stage un patient pour faire son observation.

Il avait la cinquantaine. Il venait d'arriver la veille dans le service, auparavant il était hospitalisé en chirurgie. Sa venue en Médecine Interne faisait suite à la découverte d'une cirrhose.

Notre chef de clinique ne nous donne aucune info sur les patients avant de nous envoyer les voir. Et c'était pour moi la première fois que j'allais seul voir un patient avec une telle histoire. Ce n'est assurément pas la dernière.

Le patient s'était fait rouler sur la jambe par un bus, et on n'avait pas réussi à la lui sauver. En plus de ça, pendant l'interrogatoire, je découvre qu'il s'est fait tiré une balle dans l'autre jambe, dans l'artère fémorale précisément, dans l'adolescence et qu'il présente de multiple fractures et cicatrices sur les bras et la main datant de la même époque. Il me dit qu'il n'a pas été à l'hôpital pour la plupart de ses blessures. "Ce sont des conneries de jeunesse..." me dit-il lorsque je lui demande dans quelles circonstances il lui était arrivé tout ça...
Il ne devait pas être un enfant de coeur celui là.
Pour couronner le tout, il est depressif (il a un traitement) depuis la mort de sa femme, il y a quelques années.

Il m'a dit boire énormement d'alcool. C'est la cause de sa cirrhose.

Ce patient a été adorable avec moi et m'a posé des questions sur mes études, mais il parait qu'il est aggressif avec les infirmière.

C'est impressionant de voir qu'à l'hôpital il y a des gens qu'on ne rencontre que là. Sans être asocial dans la vie de tous les jours, on ne rencontre pas ces gens en dehors de l'hôpital. Cet apprentissage de mon métier, pourtant à son commencement, m'ouvre déjà grandement l'esprit.

Posté par klausdene à 10:15 - Stages - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


13 janvier 2008

Au commencement...

Cette année, on commence sérieusement les stages à l'hôpital. Dans notre CHU, nous n'allons en stage que deux matinées par semaine en troisième année, donc beaucoup moins que les externes (4, 5 et 6e années) qui y vont tous les matins, mais beaucoup plus que l'an dernier où nous n'allions à l'hôpital que 7 matinées dans l'année.

Le but de notre stage est d'apprendre la sémiologie, l'étude des signes cliniques, des symptômes. En pratique, on apprend à interroger les patients, à les examiner, à reconnaître les symptômes et à les associer à des pathologies.

Pour effectuer mon stage, j'ai choisi le service de Médecine Interne de mon CHU car il est réputé très formateur en sémiologie du fait de la grande diversité des pathologies qu'on y rencontre. Nous sommes encadré par un médecin du service, qui, le lundi, nous fait un cours théorique sur une partie de l'examen clinique, puis nous emmène voir des patients pour nous montrer des signes cliniques "intéressants".  Le mercredi, il nous attribue des patients et nous allons faire leurs observations seuls. Ensuite, il "corrige" notre travail.

Pour la plupart d'entre nous, c'est véritablement le premier contact "médical" avec le patient. Même si nous avons tous fait un stage d'initiation aux soins infirmiers, nous n'avons pas la même relation avec le patient quand on entre dans la chambre en se présentant comme étudiant en médecine, comme quelqu'un qui vient s'entraîner et apprendre. On se retrouve seul avec le patient, et on doit lui poser des questions et ensuite aller l'examiner.

Au départ, on trouve l'interrogatoire facile, car on ne se rend pas compte que l'on oublie plein de questions très importantes, on se fait "avoir" par les patients qui ne disent pas tout spontanément, etc. On pose nos questions sans trop interprêter les réponses, donc ce n'est pas très dur. Et au contraire, l'examen clinique nous semble difficile. Il n'est pas aisé de "toucher" un patient... On n'ose pas toujours faire certaines choses. On n'ose pas appuyer sur l'abdomen pour palper le foie, on n'ose pas soulever le drap pour regarder l'état des jambes et encore moins palper les pouls fémoraux.

Aujourd'hui, je me rends compte que le plus difficile est en réalité l'interrogatoire, car avec l'entraînement et le tout début d'expérience, on commence à devenir consciencieux et à avoir des reflexes :
"- Vous n'avez jamais été opéré ?
- Ah non, jamais !
- Même de l'appendicite ?
- Ah si, mais bon, comme tout le monde !"
Mais c'est souvent plus difficile que ça. Les patients déversent sur nous, étudiant toujours trop gentil avec eux, toute leur histoire, leurs craintes, leurs angoisses, leurs critiques du service... Nous les écoutons sans trop savoir comment les ramener dans l'axe de la discussion qui nous intéresse, comment trier les informations utiles des informations inutiles... De plus, les patients nous cachent volontairement des choses (consommation d'alcool, troubles du transit, ...). Alors qu'à l'examen, leur corps ne nous mentira pas ; on verra la cicatrices d'appendicite qui n'a pas été signalée à l'interrogatoire.

Enfin, cela reste dans l'ensemble un exercice difficile et malgré notre assurance grandissante, nous sommes loin de savoir correctement gérer la réalisation de l'examen clinique si systématisé et pourtant si différent d'un patient à l'autre.

Posté par klausdene à 19:24 - Stages - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 janvier 2008

Bernard Werber

Je passe un petit coup de gueule contre cet individu, auteur prolifique de science-fiction.

On présente Werber comme un écrivain mêlant des faits scientifiques à ses oeuvres de fiction. En réalité Bernard Werber, ancien journaliste "scientifique", n'a aucune connaissance scientifique suffisante pour que du crédit soit apporté au "faits scientifique" de ses livres.

Prenons un seul exemple : d'après Werber, dans les fourmis, il y a deux gros vaisseaux qui vont et reviennent du cerveau, LA jugulaire et LA carotide, l'une dans un sens, l'autre... dans l'autre sens. Il est utile de présicer que c'est loin d'être la vérité... En effet, le sang arrivent au cerveau par les deux artères carotides et en ressort par les deux veines jugulaires.
Je ne parle même pas de ses affirmations sur les expériences de sortie du corps, où l'âme (ou quelque chose d'équivalent) quitterait le corps au cours de rite précis ou de méditation. Très scientifique n'est-ce pas ?

Passons...

J'ai assisté en 2005, à la Faculté des Sciences de Nancy, à une conférence/projection en présence de Werber. Je n'exagère pas en disant qu'il a déçu tout le monde.

Je passe rapidement sur son air pédant au moment de lancer sa phrase leitmotiv "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme" dans le seul moment qu'il a trouvé adéquat pour la sortir, lorsqu'on lui a apporté un micro qui tarda un peu à fonctionner correctement. Remarquez à quelle point c'est inadapté ici...

Werber s'est contredit dans sa conférence en indiquant d'abord que la Terre était condamnée, sans aucun espoir, et qu'il était grand temps de refléchir à un exil de l'Humanité sur une autre planète. Une question lui fut posée plus tard sur la sauvegarde de la planète, à laquelle il répondit qu'il y était attaché et convaincu, si chacun y met du sien, qu'on pourrait sauver la Terre... Et quand une personne de l'assistance lui a fait remarquer sa contradiction, il répond qu'il n'a pas entendu la question, et donna la parole à quelqu'un d'autre très rapidement.

L'écrivain a aussi donné une magnifique réponse, qui me fait encore rire aujourd'hui : "Mais, franchement, Monsieur Werber, que croyez-vous qu'il restera de vous quand vous ne sortirez plus de livres ? Vous pensez que vous resterez connu ?" Sa réponse : "Oh ! Ne vous en faîtes pas pour moi ! Si je n'écris plus, je ferai des films, de la musique, de la télé ! J'ai beaucoup d'idée !"

Consternant.

Bien qu'ayant rappelé plusieurs fois pendant la conférence qu'il ferait des dédicaces à la fin de la soirée, il n'eut que peu de succès. Et ce, malgré les 400 personnes environ présentes à la conférence.

Posté par klausdene à 08:24 - Coup de gueule - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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